Fin juillet 2026, Maddyness révélait que The Exploration Company était en discussions pour lever au moins 300 millions de dollars. Les fonds américains Bessemer Venture Partners et Atomico conduiraient l’opération, avec l’entrée pressentie du Scaleup Europe Fund, un véhicule de 5 milliards de dollars adossé à la Commission européenne et géré par EQT. Si ces discussions aboutissent, la valorisation de la start-up dépasserait deux milliards de dollars, contre 450 millions lors de sa série B de novembre 2024. En cinq ans d’existence, la jeune pousse fondée par une ancienne d’Airbus est passée d’un projet de capsule spatiale à un acteur qui pèse dans les négociations les plus exigeantes de l’industrie orbitale.
De l’ESA à l’entrepreneuriat : un pari sur l’autonomie spatiale de l’Europe
L’histoire commence en 2021, lorsque Hélène Huby, passée par Airbus et l’Agence spatiale européenne, décide de quitter les grandes organisations pour répondre à une question précise : comment l’Europe peut-elle assurer le transport de fret vers l’orbite basse sans dépendre des capsules américaines ? La Station spatiale internationale approche de la fin de sa vie opérationnelle. Les futures stations commerciales d’Axiom Space, Vast et Starlab se préparent à prendre le relais, et SpaceX domine ce marché sans concurrent européen à l’horizon.
C’est pour répondre à ce vide que The Exploration Company est fondée, avec pour mission centrale le développement de Nyx, une capsule réutilisable conçue pour le transport de cargaisons vers l’orbite basse. En 2023, l’ESA lance une compétition pour sélectionner des partenaires privés capables d’assurer un service européen de fret orbital d’ici la fin de la décennie. The Exploration Company en fait partie, première validation institutionnelle de poids pour un projet encore jeune. En novembre 2024, la société boucle une série B de 150 millions d’euros pour une valorisation d’environ 450 millions d’euros, avec le soutien de Balderton Capital, Bessemer Venture Partners et Bpifrance, aux côtés de fonds souverains français et allemand.
« Mission Possible » : quand un vol incomplet devient un atout de crédibilité
En juin 2025, The Exploration Company procède au premier vol test de sa capsule de démonstration, baptisé « Mission Possible ». Le résultat est contrasté. La capsule survit à la rentrée atmosphérique, étape critique qui valide des éléments essentiels de l’architecture technique. Mais elle perd le contact radio peu avant l’amerrissage et ne peut être récupérée.
L’équipe choisit la transparence. Elle rend publiques les données du vol et identifie clairement les points de défaillance, en annonçant les corrections à venir. Cette posture, loin de freiner les investisseurs, semble avoir renforcé leur confiance dans la capacité de l’équipe à apprendre de ses propres limites. Dans la deeptech spatiale, où des années séparent deux vols tests, un semi-échec bien géré peut valoir davantage qu’un silence prudent. Les données collectées permettent d’affiner la prochaine version de Nyx, et la dynamique commerciale reprend rapidement.
Une stratégie d’acquisitions pour assembler un groupe intégré
La période 2025-2026 marque une accélération sur plusieurs fronts. En novembre 2025, The Exploration Company rachète Thrustwork, spécialiste de la propulsion spatiale. En juin 2026, elle acquiert European Astrotech, entreprise britannique experte en propulsion et ravitaillement en carburant, basée à Westcott. Dans les deux cas, l’organisation et les contrats existants sont maintenus à l’identique : l’objectif est d’intégrer des compétences sans déstabiliser les équipes qui les portent.
Début juillet 2026, l’entreprise inaugure à Houston, à quelques kilomètres du Johnson Space Center de la NASA, un « Rapid Innovation Lab » abritant une maquette grandeur nature de sa future capsule habitée. L’objectif est de se rapprocher physiquement des clients américains tout en démontrant que Nyx est un programme ancré dans des infrastructures concrètes. En cinq ans, le maillage industriel de The Exploration Company couvre désormais la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis.
800 millions d’euros de commandes et une valorisation quadruplée
Au moment où la levée de 300 millions de dollars se précise, The Exploration Company revendique un carnet de commandes d’environ 800 millions d’euros, avec des clients comme l’ESA, Axiom Space, Vast et Starlab. Ces engagements restent à confirmer contrat par contrat, mais leur ampleur indique que la start-up s’est positionnée dans les discussions les plus structurantes du secteur. La valorisation projetée, supérieure à deux milliards de dollars, illustre une logique propre à la deeptech à fort enjeu systémique : les investisseurs n’achètent pas un produit fini, mais une position de marché et une équipe dont ils évaluent la capacité à la défendre.
Transparence sur les échecs et acquisitions ciblées
L’histoire de The Exploration Company illustre d’abord comment un échec partiel, géré avec transparence, peut renforcer la crédibilité d’une équipe autant qu’une démonstration réussie. Elle montre aussi comment un groupe deeptech peut gagner en envergure rapidement en acquérant des spécialistes sans les réorganiser, plutôt qu’en cherchant à tout développer en interne.
Il reste à The Exploration Company l’étape centrale du programme : un vol complet de Nyx, avec récupération de la capsule. Ce résultat déterminera si la start-up rejoint le groupe restreint des opérateurs capables de tenir leurs engagements de service orbital.
