Cartes numériques de footballeurs sur la plateforme Sorare avec un classement de fantasy league

Sorare, la fantasy française qui parie sur la rentabilité après les NFT

Début septembre 2026, Sorare confirme avoir bouclé une nouvelle opération de financement auprès de ses investisseurs historiques, Benchmark, Accel, Partech et Kibo Ventures. Le montant n’est pas rendu public. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’objectif affiché par ses fondateurs : atteindre la rentabilité d’ici fin 2027, en s’appuyant sur une croissance organique réelle et un produit élargi.

Du terrain de jeu au marché spéculatif

Sorare naît du pari que des fans de sport seraient prêts à collectionner des cartes numériques de joueurs réels, à les échanger sur un marché secondaire, et à les aligner dans des équipes de fantasy leagues pour remporter des gains. Le concept, à la croisée du jeu vidéo et du sport business, s’appuie sur la blockchain pour garantir à chaque utilisateur la propriété de ses cartes. La startup lève d’abord des montants modestes, puis frappe fort avec un tour de 635 millions d’euros qui la propulse dans la catégorie des décacornes françaises. Sorare signe des partenariats avec des ligues du monde entier et élargit son catalogue au basket. En quelques années, la plateforme s’installe comme la référence mondiale des fantasy games basés sur des actifs numériques.

Quand la bulle éclate

L’essor des NFT, que Sorare utilise pour matérialiser la propriété de chaque carte, crée un appel d’air, puis un contrecoup brutal. À partir de 2022, le marché des actifs numériques s’effondre partiellement. Des acheteurs ayant misé sur des cartes comme placements voient leur valeur s’éroder. Le modèle se retrouve sous pression, perçu par une partie des utilisateurs comme un outil spéculatif autant que ludique. S’y ajoute une pression réglementaire croissante : certaines autorités envisagent de qualifier les NFT d’actifs financiers, ce qui exposerait la plateforme à de nouvelles obligations. Sorare doit choisir entre deux logiques opposées : continuer à surfer sur la hype, ou recentrer son modèle sur la valeur d’usage que le jeu apporte concrètement à ses joueurs.

85 % de croissance et 100 000 acheteurs : les chiffres d’un rebond

La startup choisit le recentrage. Les résultats du premier semestre 2026 montrent que ce pari tient. Le revenu net progresse de 85 % sur un an. Sur la même période, 100 000 joueurs ont effectivement acheté des cartes sur la plateforme. En dix-huit mois, Sorare a attiré un million de nouveaux utilisateurs. Ces chiffres ne décrivent pas une entreprise en gestion de crise : ils témoignent d’une croissance ancrée dans des comportements d’achat réels, distincte de la spéculation qui avait gonflé les premières années. Pour une entreprise cherchant à convaincre ses investisseurs de la solidité de son modèle, la nuance est fondamentale.

Le pari du mode gratuit pour ouvrir la porte

L’un des chantiers financés par ce refinancement est le développement du mode Arcade, une version gratuite de la plateforme permettant de jouer sans acheter de cartes. Cette décision répond à une tension que les plateformes basées sur des actifs numériques ont souvent du mal à résoudre : comment attirer des joueurs ordinaires quand l’entrée sur la plateforme suppose un investissement initial ? En rendant une partie de l’expérience accessible sans paiement, Sorare vise à élargir sa base d’utilisateurs et à fidéliser un public plus large. L’ambition à terme : convertir une fraction de ces joueurs gratuits en acheteurs de cartes. C’est un modèle éprouvé dans le jeu vidéo, encore rarement appliqué dans l’univers des NFT sportifs.

Ce que le recentrage de Sorare apprend aux scale-ups

La décision de Sorare de viser la rentabilité à vingt-quatre mois, plutôt que de chercher une nouvelle levée spectaculaire, illustre un changement de posture que beaucoup d’entrepreneurs peinent à assumer : accepter que la croissance construite sur la hype n’est pas identique à celle qui repose sur l’usage réel. En refinançant auprès de ses investisseurs historiques, la startup choisit la continuité de gouvernance plutôt que la course aux nouvelles valorisations. En fixant un cap de rentabilité et en le rendant public, elle s’impose une contrainte que beaucoup de scale-ups évitent. Dans la French Tech actuelle, où les capitaux se font plus rares, ce type de discipline n’est plus une option.

En 2027, si Sorare atteint ses objectifs, elle figurera parmi les rares plateformes nées dans l’euphorie des NFT à en être sorties avec un modèle économique autonome. Ce ne serait pas rien.

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