Le 2 septembre 2026, Clément Moreau, directeur général d’Invoxia, est l’invité de l’émission Tech & Co pour présenter la dernière génération de trackers de l’entreprise. Derrière cette prise de parole se dessine une trajectoire atypique : fondée en 2010 dans les Hauts-de-Seine, cette PME d’une vingtaine d’ingénieurs a changé de direction deux fois en quinze ans pour s’imposer sur un marché mondial où Apple, Samsung et une centaine de concurrents asiatiques font la loi.
Des enceintes connectées à l’impasse commerciale
Invoxia naît en 2010 de l’initiative d’Éric Carreel, cofondateur de Withings, et de Serge Renouard. Pendant six ans, l’entreprise développe des objets connectés de communication. Elle lance notamment le Triby, une enceinte Bluetooth et Wi-Fi dotée d’un écran e-paper, capable de diffuser de la radio, de passer des appels et de partager des messages en famille. L’objet entre dans l’histoire comme le premier appareil grand public à intégrer l’assistant vocal Alexa en dehors des produits Amazon. La reconnaissance arrive vite, avec plusieurs récompenses au CES de Las Vegas. Mais les ventes ne suivent pas : le Triby se révèle trop complexe pour le grand public, avec un positionnement tarifaire difficile à défendre à grande échelle.
Le pari des trackers GPS basse consommation
En 2017, Invoxia prend un premier virage décisif. L’entreprise abandonne les produits audio pour se concentrer sur les trackers GPS. Le choix technologique est structurant : utiliser des réseaux basse consommation comme LoRa ou Sigfox, qui permettent une autonomie de plusieurs mois sans carte SIM. Cette contrainte technique devient un avantage commercial pour les cas d’usage visés, principalement la localisation de voitures, de scooters et de vélos. Invoxia décline rapidement sa gamme : un modèle miniature glissé dans un trousseau de clés, un autre dissimulé dans un réflecteur de vélo, des versions professionnelles pour la gestion de flottes. Des partenaires de premier plan rejoignent la base d’utilisateurs, dont Richemont pour la protection de bijoux et montres de luxe, Veolia pour ses équipements sur le terrain, ou encore la Croix-Rouge française.
La santé animale comme nouveau territoire
Le deuxième pivot arrive par une voie inattendue. En déclinant ses trackers pour les animaux domestiques, Invoxia constate que la localisation seule ne suffit pas aux propriétaires de chiens : ils veulent aussi surveiller la santé de leur animal. L’entreprise investit dans des capteurs biologiques embarqués et lance le Biotracker, un collier intelligent qui combine GPS en temps réel et suivi des constantes vitales, notamment la fréquence cardiaque, la respiration et la qualité du sommeil. L’édition 2026 du Biotracker va plus loin en intégrant la mesure de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), indicateur habituellement réservé à la médecine humaine pour détecter le stress ou la fatigue, appliqué ici pour la première fois sur un produit grand public destiné aux animaux. Ce lancement s’appuie sur des études vétérinaires menées sur plusieurs centaines de chiens, qui ont permis de réviser certaines valeurs de référence sur la fréquence cardiaque canine au repos.
Le Tracker Pro Max, ou l’IA embarquée comme différenciateur
À VivaTech 2026 à Paris , Invoxia présente alors le Tracker Pro Max. Ce traceur 4G LTE-M inaugure un mode de suivi en temps réel avec une actualisation de position toutes les secondes, une première sur un tracker autonome grand public. Six mois d’autonomie de batterie, un format compact de 113 x 39 x 19 mm pour 70 grammes, et un tarif fixé à 179 euros avec un an d’abonnement inclus complètent la proposition. Clément Moreau assume ouvertement la comparaison avec les AirTags d’Apple : les deux produits ne s’adressent pas aux mêmes usages. Là où l’AirTag repose sur le réseau Bluetooth des appareils à proximité, le Tracker Pro Max s’appuie sur la couverture 4G et des algorithmes de détection d’anomalies de déplacement, ce qui en fait un outil antivol actif plutôt qu’un simple repère de localisation.
Ce que l’histoire d’Invoxia enseigne sur le pivot
En quinze ans, Invoxia a changé de direction deux fois sans renier son socle : des ingénieurs spécialisés dans l’IoT et une maîtrise des protocoles de connectivité longue portée. Chaque reconversion a répondu à une réalité de marché, puis à une opportunité technologique précise. L’intégration de l’IA embarquée ne constitue pas un troisième virage : elle prolonge ce que l’entreprise fait depuis 2017, à savoir collecter des données de localisation et les rendre exploitables pour l’utilisateur. Ce mouvement montre qu’une PME d’une vingtaine d’ingénieurs peut concurrencer des acteurs globaux sur un segment précis, à condition de choisir ses terrains de jeu avec rigueur plutôt que de chercher à couvrir un marché entier.
Avec plus de 400 000 utilisateurs dans le monde, des bureaux ouverts aux États-Unis et en Chine, et un catalogue qui s’étend du tracker antivol au collier de santé animale, Invoxia n’est plus une startup en quête de modèle. Elle en a validé deux, et parie aujourd’hui sur leur convergence autour d’une plateforme de services connectés.
