Cédric Meston, cofondateur de HappyVore et candidat à la reprise de la verrerie Duralex en 2026

Cédric Meston, de HappyVore à Duralex : le pari d’un serial repreneur

Le 7 août 2026, BFM Business révèle le nom d’un candidat inattendu à la reprise de Duralex, la verrerie du Loiret placée en redressement judiciaire depuis juin. Cédric Meston, cofondateur de HappyVore, déjà repreneur de Tupperware France en 2025, se positionne via sa holding Tomé. Il est en lice avec le groupe industriel stéphanois Carlesimo et la société hongkongaise AA Investments, détenue par l’homme d’affaires français Morteza Goshayeshi. Le délai de dépôt des offres a été repoussé au 11 septembre 2026, avant une audience du tribunal de commerce d’Orléans fixée au 17 septembre.

HappyVore et le pari des protéines végétales pour le grand public

Cédric Meston cofonde HappyVore au début des années 2020, dans un marché des substituts végétaux à la viande en forte croissance en France. La marque développe des produits plant-based, nuggets, steaks ou lardons, destinés à reproduire les textures de la viande tout en réduisant l’impact environnemental de l’alimentation. Son positionnement cible les consommateurs flexitariens, soit ceux qui réduisent leur consommation de viande sans l’abandonner. Ce choix de viser la grande distribution plutôt que la niche des végans convaincus constitue une décision structurante : HappyVore joue le volume et la masse, pas le marché confidentiel.

Le rachat de Tupperware France en 2025, premier acte d’une stratégie de repreneur

En 2025, Meston opère un virage qui surprend. Il rachète Tupperware France, la filiale française de la marque américaine emblématique des boîtes hermétiques. Tupperware souffre depuis plusieurs années d’une image vieillissante et d’un modèle de vente directe à domicile fragilisé par l’essor du commerce en ligne. La marque reste pourtant très connue : son nom figure dans des millions de foyers français, ancré dans des décennies de cuisine familiale. Ce rachat révèle une logique que Meston va reproduire avec Duralex : identifier des marques à fort capital de notoriété mais à modèle économique fragilisé, puis construire un projet de repositionnement.

Les contours précis du projet pour Tupperware France, notamment les chiffres d’affaires ou les effectifs concernés, n’ont pas tous été rendus publics. Le signal envoyé est lisible : Meston ne crée pas de l’inconnu. Il prend des objets familiers et cherche à les réinventer.

Duralex, un pari à 35 millions d’euros

Le dossier Duralex est autrement plus complexe. La verrerie, fondée en 1945 à La Chapelle-Saint-Mesmin dans le Loiret, est connue dans toute la France pour ses verres trempés empilables, présents dans les cantines scolaires depuis des décennies. Elle avait été reprise sous forme de coopérative par ses salariés en 2024, dans un geste de défense d’un patrimoine industriel. Mais la trésorerie s’est rapidement tendue, conduisant à un audit de l’État puis à l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire le 1er juin 2026.

Le niveau d’investissement nécessaire pour remettre l’entreprise à niveau est évalué à environ 35 à 36 millions d’euros, selon BFM Business. Ce montant a convaincu le fonds APAr de renoncer à déposer une offre : il qualifie cet effort de «démesuré» au regard des perspectives de retour. Meston, lui, a franchi le pas. Sa holding Tomé figure parmi les trois candidats retenus, aux côtés de Carlesimo et d’AA Investments.

Pourquoi un entrepreneur issu de la foodtech se positionne-t-il sur une verrerie en difficulté ? Duralex, comme Tupperware, vend des contenants. Les deux marques appartiennent à l’univers de la table et de la cuisine familiale. Toutes deux sont connues, attachantes, mais en décalage avec les usages contemporains. Sans spéculer sur des intentions non confirmées par l’intéressé lui-même, la cohérence de portefeuille est lisible.

L’entrepreneur-repreneur, un profil hybride hors des circuits habituels

La trajectoire de Cédric Meston dessine un profil peu représenté dans les récits entrepreneuriaux français. Ni fondateur de start-up technologique, ni investisseur en capital classique : il incarne une figure hybride, que certains commencent à appeler l’entrepreneur-repreneur. Ce modèle associe le flair pour les positionnements de marque à la capacité de s’engager sur des dossiers industriels complexes, à l’issue incertaine.

Ce positionnement comporte ses propres risques. Reprendre une entreprise en redressement judiciaire implique une visibilité très réduite sur l’état réel des actifs, des dettes et des relations sociales internes. Les délais sont courts, la pression des salariés et des pouvoirs publics est forte. Le fait qu’APAr, fonds expérimenté dans ce type d’opérations, ait finalement renoncé donne une mesure des obstacles que Meston devra surmonter.

La valeur d’une marque, séparée de ses fragilités financières

La trajectoire de Meston, encore en cours, livre un enseignement concret pour les dirigeants qui regardent du côté des entreprises en difficulté : la notoriété d’une marque est un actif réel, qu’il faut évaluer séparément de ses fragilités financières. Duralex dispose d’un capital de reconnaissance que des années de publicité ne pourraient pas recréer à partir de rien. La question posée par cette série de reprises n’est pas «cette marque vaut-elle encore quelque chose ?», mais «quel modèle économique peut faire vivre ce capital dans les conditions du marché actuel ?».

La réponse, on la connaîtra le 17 septembre 2026, à Orléans.

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