Le 29 septembre 2026, Marble annonce une série A de 6,5 millions d’euros menée par Smartfin, avec Adnexus, Passion Capital et 42Capital en co-investisseurs. Ce tour porte le financement total de la startup parisienne à 9 millions d’euros depuis sa création il y a deux ans. Les objectifs associés sont précis : doubler les effectifs avant la fin de l’année, renforcer le produit et viser plus de 5 millions d’euros de revenus récurrents annuels d’ici 2027. Derrière ces chiffres, une thèse fondatrice commence à faire ses preuves.
Un problème ancien, une approche nouvelle
Depuis plusieurs décennies, les banques, les fintechs et les plateformes de paiement sont tenues de respecter des obligations strictes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ce que le secteur désigne par l’acronyme LCB-FT. Pour détecter les transactions suspectes et produire des rapports conformes, ces institutions s’appuient souvent sur des outils propriétaires hérités, peu flexibles et longs à paramétrer. Lorsque les réglementations évoluent ou que les techniques de fraude changent, adapter ces systèmes peut prendre plusieurs semaines et mobiliser des équipes entières de consultants spécialisés.
Arnaud Schwartz et Pascal Delange, les cofondateurs de Marble, identifient dans cette rigidité un problème structurel que peu d’acteurs cherchent à résoudre frontalement. La plupart des startups de la regtech, terme qui désigne les solutions technologiques appliquées à la réglementation, préfèrent des sujets plus visibles : vérification d’identité, scoring de crédit ou gestion des KYC. Marble prend une direction différente et choisit de s’attaquer au cœur du dispositif de conformité pour le rendre adaptable en quelques heures plutôt qu’en plusieurs semaines.
L’open source comme levier de confiance dans un secteur méfiant
La réponse de Marble est une plateforme open source qui rend la conformité programmable. Au lieu d’interfaces à configurer manuellement, la startup fournit aux équipes techniques des institutions des bibliothèques de code et des interfaces programmatiques. Les règles de détection peuvent être écrites, versionnées, testées et documentées comme n’importe quel logiciel. Ce choix n’est pas anodin dans un secteur réputé pour sa prudence technologique : selon Frenchweb, dans des environnements où les autorités de supervision exigent la justification de chaque décision algorithmique, la transparence du code devient une garantie plutôt qu’une vulnérabilité.
Pour les auditeurs réglementaires et les responsables de conformité, comprendre comment fonctionne un algorithme de détection est une exigence que des régulateurs comme l’ACPR formalisent de plus en plus explicitement. En rendant son code visible et auditable, Marble anticipe cette attente là où ses concurrents maintiennent des systèmes opaques. La centaine de clients qui ont adopté la plateforme en moins de deux ans valide empiriquement ce pari.
De 2,1 millions à 9 millions en deux ans
En septembre 2024, Marble bouclait une première levée de 2,1 millions d’euros. Le produit était en cours de finalisation, les premiers clients en phase d’intégration. Deux ans plus tard, la startup revendique une centaine de clients et un financement cumulé de 9 millions d’euros. La série A est portée par Smartfin, investisseur familier des marchés financiers régulés, aux côtés d’Adnexus, Passion Capital et 42Capital.
Ce qui distingue la trajectoire de Marble n’est pas la rapidité de la croissance, mais sa cohérence. La startup n’a pas cherché de pivot vers un usage plus spectaculaire dès que la conformité s’est révélée difficile à vendre. Elle a au contraire renforcé sa proposition en construisant des fonctionnalités de documentation automatique des modèles, de traçabilité des versions et de gestion des datasets. Ce sont précisément ces fonctionnalités que les auditeurs réclament lors des contrôles. La levée de septembre 2026 doit financer la conquête d’établissements de plus grande taille, ceux que le Journal du Net cite comme la prochaine cible commerciale, avec un objectif de plus de 5 millions d’euros d’ARR en 2027.
Se spécialiser sur la contrainte plutôt que la subir
L’histoire de Marble offre un enseignement transposable à bien des secteurs : choisir délibérément le terrain de la contrainte réglementaire, là où les autres la subissent, ouvre des espaces concurrentiels que les acteurs installés n’ont pas jugé utile de défendre. En transformant la conformité financière d’un coût obligatoire en terrain d’innovation logicielle, les fondateurs ont construit un modèle où les barrières à l’entrée sont élevées. Un établissement qui intègre une plateforme de conformité dans ses workflows critiques ne change pas d’outil facilement.
La série A ouvre le prochain défi : convaincre des banques de taille importante, où les contraintes de sécurité, de gouvernance et d’intégration sont nettement plus exigeantes qu’auprès d’une fintech. Marble y arrive avec une thèse validée par cent clients et un positionnement de transparence cohérent avec les attentes réglementaires actuelles. La startup a montré qu’un problème réputé ingrat peut devenir la fondation d’une entreprise sérieuse.
