Back Market : comment Thibaud Hug de Larauze a bâti et transmis un géant du reconditionné

Le 8 juin 2026, Back Market a annoncé ce qui n’était jamais arrivé depuis la création de l’entreprise : un changement de directeur général. Thibaud Hug de Larauze, cofondateur et PDG depuis 2014, passe la main à Clément Petit, jusqu’ici directeur financier. Une transition préparée en interne, sans fracas, qui intervient alors que Back Market affiche 440 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et une valorisation de 5,1 milliards d’euros.

Une marketplace née d’un constat sur les déchets électroniques

En 2014, Thibaud Hug de Larauze, Quentin Le Brouster et Vianney Vaute identifient un paradoxe : des millions de smartphones, tablettes et ordinateurs terminent leur vie dans des tiroirs ou des centres de recyclage alors qu’un reconditionneur professionnel pourrait les remettre en état de fonctionnement pour un coût bien inférieur au neuf. Le marché du reconditionné existe déjà, mais il est fragmenté, peu fiable, sans garantie standardisée. Back Market se positionne comme l’intermédiaire de confiance : une place de marché qui certifie les reconditionneurs, impose des standards de qualité et offre aux acheteurs une garantie sur chaque appareil vendu. Le modèle est clair sur le papier. Convaincre simultanément des professionnels du reconditionnement et des consommateurs habitués au neuf, en revanche, demande du temps et des preuves.

Un refus de brader les standards pour accélérer

Les premières années sont lentes. Back Market choisit de ne pas assouplir ses critères de certification pour gonfler rapidement le nombre de vendeurs sur la plateforme. Ce choix freine la croissance à court terme, mais construit la réputation de l’entreprise auprès des acheteurs. En 2019, la société opère sur une dizaine de marchés européens et commence son implantation aux États-Unis. Puis vient 2020 : la pandémie provoque une explosion de la demande en électronique, les délais de livraison des produits neufs s’allongent de plusieurs semaines, et Back Market se retrouve en position idéale pour absorber ce report de demande. En septembre de cette même année, la société lève 335 millions d’euros en Series E à une valorisation de 3,9 milliards d’euros, l’une des levées les plus importantes dans l’histoire du e-commerce français cette année-là.

Le passage au rang de licorne et la discipline qui suit

En 2022, Back Market atteint une valorisation de 5,1 milliards d’euros, rejoignant le cercle des licornes françaises. L’entreprise opère dans 16 pays, traite plus de deux millions d’appareils reconditionnés par an et enregistre une progression annuelle de 40 % du nombre de vendeurs actifs sur sa plateforme. La période qui suit est moins linéaire. Les corrections boursières et le ralentissement du secteur tech en 2022-2023 refroidissent l’ensemble des scaleups européennes. Thibaud Hug de Larauze choisit alors de ne pas défendre la croissance à tout prix. Il consolide les opérations et resserre le contrôle qualité, au détriment d’une expansion plus rapide. C’est cette discipline qui permet à Back Market d’afficher 440 millions d’euros de chiffre d’affaires tout en maintenant sa position de leader européen du reconditionné.

Préparer sa succession depuis l’intérieur

La transition annoncée le 8 juin 2026 n’est pas une décision précipitée. Clément Petit, nommé directeur financier de Back Market plusieurs années auparavant, s’est vu confier des responsabilités élargies au fil du temps, notamment sur le pilotage stratégique et la structuration financière de l’entreprise. Thibaud Hug de Larauze a délibérément écarté l’option d’un recrutement externe. Son raisonnement : la connaissance du modèle opérationnel de Back Market et des équilibres fragiles entre croissance et qualité constitue un avantage que l’on ne peut pas transférer en quelques mois à un dirigeant venu de l’extérieur. Clément Petit devient PDG. Thibaud Hug de Larauze prend le titre de président exécutif, restant impliqué dans les orientations de long terme sans intervenir dans les décisions du quotidien.

Clément Petit

 

Ce que cette transmission enseigne sur la durée

Douze ans à la tête d’une startup devenue multinationale, c’est une trajectoire rare dans l’écosystème tech français. La plupart des fondateurs quittent leur poste bien avant ce cap, remplacés par leurs investisseurs ou épuisés par la pression de la croissance. Back Market offre un contre-exemple documenté : un fondateur qui prépare lui-même sa sortie, en formant son successeur en interne et en choisissant le bon moment pour partir, sans que l’organisation en soit déstabilisée. La leçon dépasse le seul sujet de la succession. Elle concerne la manière dont on construit une entreprise : avec suffisamment de profondeur opérationnelle pour que son avenir ne repose pas sur une seule personne.

Photo : Maddyness.com et aldia.cat

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