Hylight : la start-up française qui lève 13 millions d’euros pour révolutionner l’inspection aérienne

Qui aurait parié sur le retour du dirigeable ? Fondée en 2022, la start-up française Hylight transforme cette technologie centenaire en véritable success-story industrielle. Avec ses drones autonomes à hydrogène, elle a déjà convaincu des géants comme Enedis, SNCF Réseau et Vinci. Aujourd’hui, elle franchit un nouveau cap avec une levée de fonds de 13 millions d’euros pour accélérer sa production et partir à la conquête de l’Europe. Une belle réussite française qui prouve qu’une idée venue du passé peut devenir une innovation d’avenir.

Le Journal du Net vient d’annoncer une levée de fonds de 13 millions d’euros pour Hylight, une startup française fondée en 2022 qui développe des dirigeables drones autonomes à hydrogène. L’opération réunit le fonds néerlandais Rubio Impact, le français Teampact, l’américain DRW, ainsi que les investisseurs historiques Y Combinator et Ring Capital. L’objectif : financer la production en série des appareils et déployer la technologie à l’échelle européenne. Quelques jours plus tôt, Martin Bocken, cofondateur et directeur général d’Hylight, était l’invité de Tech & Co sur BFM Business pour en détailler les ambitions.

Un irritant industriel vieux comme les pylônes électriques

Inspecter une ligne à haute tension sur plusieurs centaines de kilomètres suppose aujourd’hui de mobiliser des hélicoptères et des équipes au sol. C’est coûteux, bruyant, peu compatible avec les objectifs de décarbonation que se fixent les opérateurs d’infrastructures. Pour ceux qui gèrent des milliers de kilomètres de lignes électriques, de gazoducs ou de voies ferrées, la question d’une alternative crédible se posait depuis longtemps. C’est précisément ce problème qu’Hylight a décidé d’adresser à sa création en 2022, en pariant sur une technologie jugée dépassée : le dirigeable.

L’idée peut paraître contre-intuitive. Mais Martin Bocken et ses cofondateurs ont rapidement identifié que le dirigeable, modernisé grâce aux avancées de l’autonomie et de l’hydrogène, présentait des atouts que ni le drone conventionnel ni l’hélicoptère ne pouvaient égaler : une endurance de plusieurs heures, un vol silencieux et une empreinte carbone réduite.

Le Hylighter, hélium et hydrogène pour dix heures d’autonomie

L’appareil développé par Hylight, baptisé Hylighter, repose sur deux principes distincts. La portance est assurée par une enveloppe gonflée à l’hélium, gaz inerte et non inflammable, qui permet à l’engin de se maintenir en altitude sans consommer d’énergie. La propulsion repose sur des hélices électriques alimentées par une pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène gazeux embarqué. Résultat : dix heures de vol continu, soit 350 kilomètres couverts en une seule sortie, à une altitude d’une trentaine de mètres.

À cette vitesse, comprise entre quelques kilomètres par heure et 35 km/h, le Hylighter survole une ligne électrique ou un gazoduc en collectant images et données transmises en temps réel aux équipes d’analyse. Une version améliorée, attendue en 2027, doit porter la vitesse maximale à 50 km/h. Par comparaison, un drone de surveillance classique tient rarement plus d’une heure en vol, ce qui impose des rotations fréquentes et une logistique contraignante sur le terrain.

Des clients industriels comme première preuve de concept

Avant de chercher des financements à grande échelle, Hylight a commencé par prouver. Les quatre premiers Hylighters opérationnels ont cumulé plus de 750 heures de vol, inspectant des milliers de kilomètres d’infrastructures en France et dans plusieurs pays européens. Cinq contrats ont été signés avec des acteurs parmi les plus exigeants du secteur : Enedis, NaTran, Téréga, SNCF Réseau et Vinci.

Ce séquençage est structurant dans la trajectoire d’Hylight. Dans la deeptech, et plus encore dans le domaine des infrastructures critiques, la crédibilité se construit sur des heures de vol effectives, pas sur des simulations ou des démonstrations en laboratoire. En arrivant aux discussions avec les investisseurs avec des références industrielles solides, l’entreprise a réduit le risque perçu et renforcé son dossier.

Brétigny-sur-Orge comme base de production, l’Europe comme horizon

Les 13 millions d’euros levés vont financer plusieurs chantiers simultanément. La production en série sera localisée à Brétigny-sur-Orge, en Essonne, avec l’ambition de disposer d’une flotte de 15 Hylighters opérationnels dès 2027. Hylight prévoit également de recruter une cinquantaine d’ingénieurs spécialisés dans la donnée et l’intelligence artificielle, chargés d’affiner les algorithmes de détection d’anomalies à partir des images collectées en vol.

Sur le plan commercial, le déploiement s’étendra à la Belgique, aux Pays-Bas et à l’Allemagne dans les prochains mois. L’ambition à trois ans est de déployer plus d’une centaine d’Hylighters en France et en Europe. La composition du tour de table associe un fonds à impact néerlandais, un investisseur américain et des acteurs français, ce qui traduit une orientation internationale assumée dès cette phase.

Ce que l’histoire d’Hylight enseigne

La trajectoire d’Hylight depuis 2022 illustre une logique de développement souvent citée mais rarement respectée dans la deeptech : valider sur le terrain avant de lever. En s’imposant chez Enedis ou SNCF Réseau avant d’aller chercher 13 millions d’euros, la startup a transformé chaque heure de vol en argument commercial. Elle montre aussi qu’un pari technologique jugé anachronique, celui du dirigeable, peut retrouver une pertinence réelle lorsqu’il est adossé à un problème industriel concret et à des innovations en matière d’énergie et d’autonomie. Pour les entrepreneurs qui s’interrogent sur le séquençage entre développement produit et levée de fonds, cette histoire apporte une réponse claire : les clients industriels précèdent les investisseurs.

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