Sopht, la start-up lyonnaise qui fait de la sobriété IT un modèle d’affaires

Le 26 août, Sopht était l’invitée de l’émission French Tech sur BFM Business, présentée comme une solution capable d’évaluer l’impact carbone des infrastructures informatiques. Ce passage grand public arrivait quelques semaines après l’annonce d’une levée de fonds de 7,5 millions d’euros, troisième tour de table depuis la création de la start-up lyonnaise en 2021, portant à 10 millions d’euros le total des capitaux mobilisés. Fondée à Lyon sans tambour ni trompette, Sopht entre dans une phase de visibilité accélérée.

Un angle mort au cœur de la transition numérique

Dans les organisations, les directions informatiques sont généralement évaluées sur leur capacité à tenir des niveaux de service et à déployer de nouvelles applications dans les délais. L’efficience énergétique de leurs systèmes est une autre histoire. C’est ce constat que Jérémie Veg, cofondateur et PDG de Sopht, formule dans Les Échos : la dimension d’efficience et d’économie dans les systèmes informatiques est « rarement mise en avant ». Un angle mort dans les discussions sur la transformation numérique, où les investissements vont presque toujours vers davantage de capacités, jamais vers moins de gaspillage.

Les data centers, serveurs physiques et architectures cloud consomment des volumes d’énergie importants. Faute d’outils de pilotage adaptés, beaucoup de systèmes fonctionnent à des niveaux de charge bien inférieurs à leur potentiel, ou maintiennent des ressources inactives pour absorber des pics qui ne viennent pas toujours. Ce gaspillage, diffus et difficile à quantifier, est le territoire que Sopht a choisi de cartographier.

La plateforme Sopht mesure le gaspillage et l’empreinte carbone des infrastructures

La réponse de Sopht est une plateforme de pilotage de l’efficience IT. Le logiciel agrège les données des infrastructures d’une organisation, les analyse et fournit aux responsables IT et RSE une vision opérationnelle de leur performance énergétique. La catégorie du monitoring d’infrastructure existe depuis longtemps, mais l’angle est inédit : là où les outils classiques mesurent disponibilité et temps de réponse, Sopht mesure le gaspillage et l’empreinte carbone. Ce repositionnement est la décision fondatrice de l’entreprise.

Pour les clients, la proposition tient en deux arguments. Le premier est économique : identifier et réduire les ressources informatiques sous-utilisées ou surdimensionnées permet de baisser des coûts souvent négligés par les directions générales. Le second est réglementaire et stratégique : disposer d’une mesure précise de l’empreinte numérique de ses infrastructures facilite la production des bilans RSE que les grandes entreprises doivent désormais documenter. La jonction entre économie et responsabilité environnementale n’est pas un argument de communication chez Sopht, c’est un besoin opérationnel que la start-up a décidé d’adresser directement.

Trois levées de fonds, dix millions d’euros, sans dilution excessive

Depuis 2021, Sopht a mené trois tours de financement successifs. Les deux premiers ont permis de bâtir la plateforme et de constituer une équipe initiale. Le troisième, d’un montant de 7,5 millions d’euros, réunit des investisseurs aux profils complémentaires : Ternel et Axeleo côté tech et deeptech, Wind et FDJ pour une dimension plus institutionnelle. Ce tour clôt une séquence qui aura permis de mobiliser 10 millions d’euros depuis la création, selon les informations des Échos.

Ce qui retient l’attention dans ce parcours, c’est la préservation du contrôle : le management conserve plus de 50 % des parts après ce troisième tour. Dans un écosystème où la dilution des fondateurs s’accélère souvent à mesure que les montants levés progressent, ce chiffre traduit une discipline de gouvernance. L’histoire de Sopht montre qu’il est possible de financer une croissance ambitieuse sans céder la majorité du capital, à condition d’entrer dans chaque négociation avec une narration solide et une sélection précise de ses partenaires financiers.

De Lyon à Paris, une implantation bipolaire

Sopht compte aujourd’hui une quarantaine de salariés répartis entre ses deux bases : Lyon, où la start-up a ses racines, et Paris, depuis laquelle elle développe ses relations avec les grands comptes nationaux et les investisseurs. Cette géographie à deux pôles est un choix structurant. Lyon offre un tissu d’entreprises industrielles et de services dont les organisations IT constituent une cible naturelle pour la plateforme. La ville attire aussi des profils tech qui ne veulent pas ou ne peuvent pas s’installer à Paris, ce qui constitue un avantage de recrutement que d’autres jeunes pousses négligent souvent.

Cette présence lyonnaise forte contribue à donner à l’histoire de Sopht une couleur différente de celle des start-up franciliennes : une trajectoire construite en dehors des circuits habituels, avec des clients et des équipes ancrés dans une réalité économique régionale.

Ce que l’histoire de Sopht enseigne

L’enseignement principal de cette trajectoire concerne le choix de l’angle de positionnement. Le segment du monitoring IT était occupé quand Sopht a démarré. Mais personne n’avait décidé de l’aborder du côté de la sobriété et de l’empreinte carbone. En prenant ce contre-pied, la start-up a aligné son offre sur une demande réelle mais mal servie : celle des organisations qui doivent documenter leur impact numérique, pas seulement optimiser leur performance technique. Trouver l’angle sous-traité dans un marché existant peut valoir autant que d’inventer un marché entièrement nouveau.

La sobriété numérique était perçue il y a encore peu comme un sujet de niche. Le passage de Sopht dans l’émission French Tech de BFM Business, devant un public large, indique que cette perception est en train de changer.

Photo : lespepitestech.com

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