Bill Johnson - Duke Energy

Bill Johnson l’homme qui valait 20 millions de dollars l’heure

Bill Johnson n’aura été président de Duke Energy (opérateur d’électricité aux Etats-Unis) que deux heures. Cette mission express va néanmoins faire de lui un véritable champion. Grâce à son enveloppe de départ, il devient l’homme qui a touché 44,4 millions de dollars pour deux heures de travail. Un record !

Rien ne prédisposait, Bill Johnson, discret dirigeant d’opérateurs d’électricité aux Etats-Unis, à devenir aussi célèbre outre-Atlantique que les stars de l’économie numérique. La gestion de parcs de centrales nucléaires n’offre rien a priori pour rivaliser avec les mastodontes de l’Internet : pas de Google glass ou d’Iphone6, pas de capitalisation vertigineuse, pas d’étudiants milliardaires.

Employé fédéral et riche

Pourtant Bill Johnson apparaît cette année pour la deuxième fois en tête d’affiche dans les divers classements financiers que publie la presse financière américaine (Forbes, Bloomberg). Homme le plus riche du monde, sportif le mieux payé, meilleure création de startup… le public américain raffole de ces nomenclatures du succès. PDG de l’opérateur public d’électricité Tennessee Valley Authority (TVA), Bill Johnson est devenu en 2014, l’employé fédéral le mieux payé d’Amérique. Il va en effet toucher 7,4 millions de dollars, soit 50% de plus que son prédécesseur. Une gageure pour un poste de direction d’entreprise publique. D’autant que TVA, fondée par Franklin Roosevelt pendant la grande dépression de 1929, fait figure aux Etats-Unis de dernier bastion de d’entreprenariat social.

Mais avec ce titre de « golden boy fédéral », Bill Johnson, reste loin de son précédent record. Celui qui lui valut les honneurs de tout Wall Street, en devenant l’homme le mieux rémunéré du monde pour une journée de travail. L’affaire remonte à 2011. En janvier de cette année-là, les opérateurs d’électricité Duke Energy corp et Progress Energy inc, dont Bill Johnson est le PDG, annonce leur fusion. Ce rapprochement donne naissance au plus gros opérateur américain d’électricité. Bill Johnson est pressenti pour être le PDG de la future entreprise, tandis que Jim Rodgers, PDG de Duke Energy, sera son bras droit.

PDG express

L’arrangement semble convenir à tout le monde. Jim Rodgers se déclare prêt à seconder Bill Johnson. Ce dernier, dans une interview à Associated Press, se montre impatient d’entrer dans ses nouvelles fonctions. Il ne reste plus qu’à attendre l’annonce officielle de la fusion. Celle-ci intervient le 3 juillet 2011. Le matin même Bill Johnson se prépare pour une journée qu’il envisage comme la consécration de sa carrière. La journée sera en effet historique mais pas dans le sens où il l’envisageait.

Quand il retrouve le « Duke Energy Center », à Charlotte en Caroline du Nord, Bill Johnson est accueilli par des messages de félicitations. A 16H30, Jim Rodgers vient le chercher pour l’accompagner dans la salle du conseil d’administration. « Il ne faudrait pas être retard pour votre élection », déclare ce dernier. Bill Johnson est élu à l’unanimité. On lui serre la main, on lui tape dans le dos, on porte un toast. Deux heures plus tard, la nouvelle qui tombe sur les écrans des salles de presse laisse tous les spécialistes incrédules. Duke Energy annonce qu’il se sépare de son PDG fraichement nommé, Bill Johnson, par accord mutuel. Jim Rodgers est nommé PDG à sa place.

765 000 fois le salaire minimum américain

Cet aller-retour express, version business du marivaudage, semble avoir été la conséquence d’une guerre larvée entre les différents actionnaires du nouveau groupe. Bill Johnson, tenu par une clause de confidentialité, ne dérogera de sa première version : la surprise. Quand il réapparait quelques heures plus tard devant les médias, c’est un homme souriant que les journalistes découvrent. Dindon de la farce, Bill Johnson n’en est pas moins le grand gagnant de l’affaire. Si cette journée particulière marque sans doute sa plus grande déconvenue professionnelle, elle est aussi celle qui va le rendre riche, très riche. Entre les primes de départ, les bonus, les primes de silence et de déménageant, Bill Johnson se voit proposer une enveloppe de 44,4 millions de dollars pour un poste qu’il n’aura occupé que…deux heures. Soit environ 22 millions de l’heure. Un record ! Le Wall Street journal établira lui un salaire horaire à 5,5 millions de dollars (qui reste néanmoins un record) pour une journée de huit heures. Soit, selon le journal, 765 000 fois le salaire minimum national. Même aux Etats-Unis où la richesse est une vertu, la nouvelle laisse les analystes songeurs.

Le site Bloomberg conclura, ironique, qu’à ce tarif-là, tout le monde est prêt à courir à l’office du chômage. On n’est quand même pas obligé de le croire !

Commentaires
  1. - par sophie Cabaille

    Une histoire passionnante. Un film, j’imagine une comédie. Mais derrière ce burlesque se cache quand même une certaine indécence du business.

  2. - par Marc Meynardi

    Pas étonnant que le monde tourne si mal : d’où est venu la rémunération de Bill Johnson ? Des consommateurs, riches, moyennement riches et pauvres. Est-ce bien une succes storym ? Pour ma part, je vois plutot cela comme une aberration du système et surtout de la stupidité des actionnaires, prêt à investir et perdre autant dans leur petite guéguerre. De la même manière, on comprend pourquoi Georges W Bush n’avait pas peur de mettre la planète sans desssus dessous pour quelque milliard de dollars….

  3. - par innocent

    le pouvoir de la création par la pensée. voilà le secret de Bill Johnson.

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