Le succès retentissant du Groupe Lemoine

Fondée en 1978 en Normandie par le couple Lemoine, l’entreprise éponyme, spécialiste des produits d’hygiène en coton, grandit en s’appuyant sur son ancrage local. Un modèle de réussite made In France dont l’avenir repose désormais sur le fils, nommé directeur général du groupe.

C’est l’histoire d’une success-story familiale made in Normandie. Le Groupe Lemoine, fondé en 1978 par Philippe Lemoine et son épouse Jeanne Cluzel-Lemoine, est aujourd’hui le leader européen des produits d’hygiène coton et le numéro deux mondial du secteur derrière l’Américain US Cotton. Il produit aussi 600 000 masques chirurgicaux par jour dans l’Orne ainsi que des écouvillons, ces bâtonnets utilisés pour les tests de dépistage du Covid rhino-pharyngés. Ce succès s’est bâti sur un ancrage local très important et des décisions visionnaires.

Reprenant une fabrique d’eau de Cologne à Flers, dans le bocage de l’Orne, le couple change rapidement de stratégie en misant sur le coton-tige. « C’est mon mari le visionnaire », aime dire Jeanne Cluzel-Lemoine, fille de Jean Cluzel, ancien sénateur et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques. Dès 1985, l’entreprise s’agrandit avec la création d’une usine d’assemblage de coton-tige à La Martinique, toujours en Normandie. « Car c’est notre ADN », explique la cofondatrice lorsqu’elle est interrogée sur le sujet. D’ailleurs, sur le site web de l’entreprise familiale, la page consacrée à l’histoire de la marque n’oublie pas de mentionner que l’entreprise est née « dans le cœur de la Normandie ». 

Une expansion internationale dans les années 1990

Forte d’un succès rapide, l’entreprise parvient à se développer à l’étranger dès 1989 en imprégnant le marché du Royaume-Uni. Les années 1990 puis 2000 marquent ensuite son expansion à l’international avec d’abord l’Allemagne, puis le Chili, le Brésil et l’Australie pour un total, aujourd’hui, de soixante pays approvisionnés par les produits Lemoine. 

Pour répondre à la demande, le Groupe Lemoine s’est structuré progressivement en rachetant des usines comme celle de production de cotons démaquillants basée à Emst, aux Pays-Bas. D’autres sites sont achetés ou construits, notamment en 2010 par la force des choses après l’incendie qui ravage les locaux historiques de Flers. Aujourd’hui, le Groupe Lemoine compte 900 salariés et dix usines à travers le monde : trois en France, deux en Espagne, une aux Pays-Bas, une en Allemagne, une en Estonie, une aux Philippines et une au Mexique. Sa production annuelle est impressionnante : en cumulant l’ensemble des productions sur ses différents sites, on obtient neuf produits fabriqués par seconde. Pour se faire une idée : vingt-neuf milliards de bâtonnets ouatés (42 000 bâtonnets par minute), 145 millions de sachets disques à démaquiller et douze millions de sachets de coton hydrophile sortent des usines chaque année.

L’opportunité saisie au moment de la pandémie de Covid-19

Tout cet « empire industriel » est géré dans le cadre familial puisqu’Alexandre Lemoine, le fils, est le directeur général du Groupe et de sa filiale française. Récemment intronisé à la tête du Medef de l’Orne, il s’inscrit dans la tradition d’entrepreneurs de ses parents, tout en restant, lui aussi, très attaché au territoire. Pour assurer la relève, Alexandre Lemoine peut apprendre des stratèges que sont ses parents. Car sa mère n’est pas en reste lorsqu’il s’agit d’avoir de bonnes idées. Ainsi, c’est elle qui sait saisir l’opportunité d’un nouveau marché lors du début de la pandémie de Covid-19. 

Interpellée en mars 2020 par un reportage télévisé faisant état d’un manque d’écouvillons en France, elle met en œuvre ses équipes pour voir s’il n’est pas possible d’en produire sur la base des coton-tige déjà fabriqués dans ses usines. En une semaine, elle parvient à mobiliser le groupe pour définir une stratégie afin de se lancer dans l’aventure. Le Groupe Lemoine devient alors l’unique producteur d’écouvillons en France. Dans la foulée, il se met aussi à produire localement des masques chirurgicaux. « Nous nous battons pour que la filière redevienne nationale », explique Alexandre Lemoine. Sa mère cofonde d’ailleurs le syndicat des fabricants français de masques sanitaires (F2M) dont elle est aujourd’hui la vice-présidente.Forte de ce succès, la famille Lemoine est aujourd’hui citée en exemple pour sa capacité à relocaliser en France et à défendre les filières françaises. Les créations d’emploi suscitées par la production des masques en Normandie ainsi que les actions philanthropiques menées dernièrement (dons de masques et de produits d’hygiène aux associations locales du Bocage ainsi qu’à la municipalité de Flers) contribuent également à valoriser l’image d’un groupe familial bien décidé à poursuivre l’écriture de sa succès-story sur fond de made in France.

Photos : cci.fr

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