Naboo : quatre ans pour révolutionner les séminaires B2B et devenir rentable

Maxime Eduardo, fondateur de Naboo, vient  de révéler aux Echos que sa startup a franchi son seuil de rentabilité. La formule est sobre, mais le contexte la rend frappante. Naboo a quatre ans d’existence, vient de clore un tour de table de 70 millions de dollars avec le fonds américain Lightspeed en février 2026, et se prépare à entrer sur les marchés d’Asie-Pacifique. Dans un univers où les plateformes B2B brûlent souvent du capital pendant des années avant d’envisager un résultat positif, cet enchaînement mérite attention.

Un marché peu digitalisé, un pari sur les grands comptes

Quand Naboo est fondée en 2022, l’événementiel corporate est un marché paradoxal. Il représente des sommes importantes dans les budgets des grandes entreprises, et pourtant il reste géré de façon fragmentée : des agences multiples, des processus entièrement manuels. Pour les directions achat ou les responsables RH en charge des séminaires, le sourcing, la réservation et le suivi administratif absorbent du temps et génèrent des frictions.

Naboo choisit de traiter ce problème comme une opportunité de plateforme. L’idée : proposer aux grands comptes un outil unique pour centraliser l’achat, la gestion et le suivi de leurs séminaires d’entreprise, depuis le choix du lieu jusqu’à la facturation. Ce positionnement suppose de convaincre des décideurs habitués à des processus complexes, avec des cycles de vente plus longs qu’en B2C, mais des revenus plus stables une fois les contrats signés.

Lightspeed au capital : 70 millions de dollars et un nouveau niveau d’exigence

En février 2026, Lightspeed entre au capital de Naboo pour 70 millions de dollars, soit environ 60 millions d’euros. Ce fonds américain, qui compte parmi ses participations passées des entreprises comme Snap, ne mise pas sur les dossiers fragiles. Pour une startup française active sur un marché aussi discret que l’événementiel B2B, décrocher ce soutien suppose des métriques solides et un marché adressable perçu comme suffisamment large.

Un financement de cette envergure impose aussi une pression nouvelle. Les investisseurs de ce calibre attendent une croissance rapide et un chemin vers la rentabilité. La question qui se pose à Naboo dès l’entrée de Lightspeed au capital est celle que beaucoup de startups financées par des fonds internationaux peinent à résoudre : comment accélérer sans se retrouver piégé par une structure de coûts qui dépasse les revenus ?

Rentable en huit mois : la séquence que peu de plateformes B2B peuvent revendiquer

En octobre 2026, Maxime Eduardo donne une réponse concrète. La croissance de la plateforme a été suffisamment forte pour amortir les investissements réalisés depuis la levée de fonds. Naboo franchit son seuil de rentabilité huit mois seulement après l’entrée de Lightspeed au capital.

Ce résultat distingue Naboo d’un grand nombre de ses contemporaines dans l’univers des plateformes de services aux entreprises. La rentabilité n’est pas ici le signe d’une croissance ralentie : elle traduit un modèle économique où l’acquisition de grands comptes génère des revenus récurrents capables de couvrir les coûts d’exploitation. Le fait que cette annonce soit faite en exclusivité aux Echos, et non via un communiqué standardisé, signale que la startup assume cette trajectoire comme un argument commercial à part entière.

L’expansion en Asie-Pacifique, prochain marché pour Naboo

La rentabilité acquise, Naboo annonce son intention de se développer en Asie-Pacifique. Cette zone géographique regroupe des marchés très différents, du Japon à Singapour, en passant par l’Australie. S’y implanter suppose d’adapter une offre pensée pour les grands comptes français et européens à des contextes culturels et réglementaires distincts, et de construire des relais locaux.

Ce mouvement signale que Naboo se pense désormais comme une plateforme internationale. En France, le marché des séminaires d’entreprise est lisible et relativement concentré. En Asie-Pacifique,  les volumes potentiels sont plus importants, mais l’exécution est plus exigeante. C’est le chantier suivant pour une startup qui, jusqu’ici, a tenu ses promesses.

Ce que le parcours de Naboo enseigne, c’est qu’un tour de table massif peut financer une croissance disciplinée plutôt qu’une simple accélération des dépenses. En quatre ans, la startup a démontré qu’il est possible de séduire un fonds comme Lightspeed, d’absorber 70 millions de dollars et d’atteindre la rentabilité sans renoncer à l’ambition internationale. Pour les grandes entreprises clientes, la solidité financière d’un prestataire B2B n’est pas neutre : un partenaire rentable inspire davantage confiance qu’une plateforme encore sous perfusion de capital.

La trajectoire illustre aussi l’avantage de s’attaquer à un marché peu digitalisé. Quand les concurrents principaux sont des agences traditionnelles et des processus manuels, convaincre les premiers grands comptes est plus direct qu’en terrain déjà saturé par des acteurs technologiques établis.

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