Pierre Richard : sur les traces du Grand Blond

De son vrai nom Pierre-Richard Defays, le grand bonhomme un peu lunaire débarqué de Valence est devenu une figure emblématique du cinéma français avec des personnages souvent gaffeurs mais toujours émouvants.

Bienvenue à bord

Pierre Richard fait ses premiers pas sur les planches grâce à Antoine Bourseiller en 1962, puis avec Robert Hossein en 1963, alors qu’il mène en parallèle des études de kinésithérapie. Élevé par sa mère et ses grands-parents, il tient en effet à les rassurer en apprenant « un vrai métier ».

Pourtant, il ne rêve que de jouer et commence à écrire ses premiers sketchs avec son compère Victor Lanoux. Pendant cinq ans, les futurs Grand Blond et Louis la Brocante écument les cabarets de la rive gauche de Paris, en première partie de George Brassens notamment.

En 1967, il fait une entrée remarquée dans le 7e art avec « Alexandre le Bienheureux » d’Yves Robert. Ce dernier accompagnera Pierre Richard tout au long de sa carrière, à commencer avec ce précieux conseil : « Arrête de jouer dans le cinéma des autres. Tu as une place particulière qui n’est pas encore écrite. C’est à toi de l’écrire et de faire ta place ».

Un avis qui devient presque un ordre et qui pousse Pierre Richard à entreprendre l’écriture du scénario de son premier film, « Le Distrait ». Réalisé en 1970, le long-métrage est produit par ce même Yves Robert. Ce dernier reste à ses côtés pour « Les Malheurs d’Alfred » en 1972 et « Je sais rien, mais je vous dirai tout » l’année suivante. Des succès commerciaux tout à fait honorables qui installent Pierre Richard comme une valeur sûre du cinéma français.

Le roi du gag

Désormais bien identifié dans le milieu en tant qu’acteur à la fois comique et poétique, Pierre Richard accède véritablement au statut de star avec « Le Grand Blond avec une chaussure noire » et sa suite, « Le retour du Grand Blond », tous deux scénarisés par Francis Veber. C’est le début d’une longue et fructueuse collaboration, aussi bien pour Veber que pour un Pierre Richard devenu le François Perrin/Pignon par excellence. Un personnage emblématique du folklore français, un bonhomme discret, candide et gentil, constamment dépassé par les événements. De leur complicité naissent d’autres films cultes comme « Le Jouet » en 1976, « Les Compères » en 1983 et surtout « La Chèvre » dans lequel il partage l’affiche avec un Gérard Depardieu en grande forme.

Les années suivantes, il diversifie son registre en tentant de s’éloigner du burlesque mais sans jamais retrouver le même succès commercial. Il revient à la réalisation avec « On peut toujours rêver » et « Droit dans le mur » qui, ironiquement, est un rude échec commercial (à peine 18 000 entrées). C’est alors qu’il décide alors d’abandonner la casquette de réalisateur.

En 2006, il reçoit un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, remis par Clovis Cornillac, un de ses partenaires dans « Le Cactus » ou « Mes héros ». Depuis, Pierre Richard est retourné vers les comédies populaires, généralement pour des seconds rôles.

Aujourd’hui, les fans attendent avec impatience ses retrouvailles avec Gérard Depardieu, 40 ans après « La Chèvre ». Ce sera dans « Umami », un film franco-japonais réalisé par Slony Sow. Un chef étoilé (Depardieu) rend visite à un vieil ami résidant au Japon (Pierre Richard), suite à des problèmes familiaux et à un infarctus. Là-bas, il redécouvrira les plaisirs de l’amitié et surtout les secrets de l’umami, la mystérieuse cinquième saveur. Le retour d’un duo iconique résumé ainsi par Pierre Richard : « Amis pour la vie, amis pour le vin ».

Un acteur emblématique en France, iconique en Russie

A l’instar d’autres figures célèbres du cinéma français telles que Gérard Depardieu, Luc Besson ou encore Claude Lelouch, Pierre Richard est adulé en Russie. Une histoire d’amour vieille de presque 50 ans qui remonte à la sortie du film Le Grand Blond en 1972. Il faut savoir que les productions françaises ont déjà connu un retentissement inouï en URSS. Mais l’intérêt pour le cinéma français se manifeste également chez la jeunesse, née bien après l’effondrement de l’Union soviétique.

« C’était à Khanty-Mansiïsk en Sibérie. Je suis arrivé vers une heure du matin de Moscou par avion. Il faisait – 30 °C, la route qui menait à la ville était blanche. D’ailleurs, tout était blanc, les toits, les arbres, tout étincelait d’une blancheur glaciale. Et que vois-je en traversant une place illuminée ? Trois énormes statues de glace qui scintillaient sous les projecteurs : Charlie Chaplin, Marilyn Monroe et moi-même qui joue du violon. Je n’aurais jamais imaginé un tel compagnonnage. Charlot, mon Dieu, Marilyn, ma déesse, et moi, qui passions la nuit ensemble dans cet univers givré », explique Pierre Richard, décrivant l’un des moments les plus marquants de ses voyages dans le pays.

Par ailleurs, Pierre Richard donne régulièrement des spectacles en Russie et est l’invité d’honneur de nombreux événements culturels. En 2003, il était par exemple l’un des hôtes du premier festival international de premiers films et courts métrages de Khanty-Mansiïsk, ville située au-delà du cercle polaire.

La présence de Pierre Richard fut également remarquée sur le site de la mine de charbon de Kedrovsky de l’entreprise minière Kuzbassrazrezugol (appartenant au groupe Ural Mining and Metallurgical Company de l’influent homme d’affaires russe Iskander Makhmudov). Ce site, qui attire depuis longtemps les délégations étrangères et les célébrités du monde entier, est en effet devenu l’étape incontournable du nouvel itinéraire régional « Kouzbass. Le feu dans le cœur. » lancé par l’Agence fédérale russe du tourisme (Rostourism).

Aujourd’hui octogénaire, le « grand blond » continue de nouer une relation forte avec ses admirateurs russes qu’il accueille régulièrement dans son domaine viticole de Gruissan, près de Narbonne. « C’est vraiment le meilleur comique du monde. Pour nous, c’est une grande star, supérieure, et de loin, aux grands acteurs américains. Nous sommes ici pour lui, juste pour lui. » expliquait l’avocate russe Anna Karelina aux journalistes du Parisien en 2019.

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