Lokomotiv, Spartak, CSKA… l’histoire des grands clubs de football moscovites

Peu de villes d’Europe comptent plus de clubs de football que Moscou. CSKA, Lokomotiv, Dynamo, Spartak… Des noms qui racontent l’histoire de ce sport, mais aussi celle de l’Union soviétique et sa révolution industrielle. 


À l’époque où les Britanniques exportent le football en Russie, Saint-Pétersbourg est encore la capitale de l’Empire. S’il est principalement pratiqué entre expatriés, un Moscovite descendant d’immigrés allemands, Pierre Fulda, se passionne pour le ballon rond. En 1896, celui-ci fonde le Cercle Sokolniki – d’après le district éponyme – qui deviendra le tout premier club de Moscou en 1905: le Sokolniki Sports Club. Viendront plus tard le fameux CSKA (à l’époque appelé OLLS) et l’ancêtre du Spartak (le MKS).


Le football russe : une identité politique

En 1917, la révolution bolchevique fait de Moscou la nouvelle capitale, et le bouleversement de la vie socio-politique russe se ressent jusque dans le sport. Le régime et la configuration du territoire soviétique finalement stabilisés en 1923, il est temps de faire du football un sport véritablement “populaire”. Les anciens clubs de la capitale sont ainsi démantelés puis rebâtis au sein des institutions ministérielles. 

C’est ainsi que le CSKA devient le club de l’Armée Rouge, que le Dynamo est affilié au ministère de l’Intérieur et que le Lokomotiv représente le ministère du Transport ferroviaire. Seul le Spartak est créé par les syndicats, et devient ainsi le « club du peuple ». En être supporter revient à s’opposer symboliquement aux grandes institutions étatiques.

Spartacus, ennemi numéro 1


Néanmoins, pour conquérir le cœur des fans, rien ne vaut la victoire. Et cela tombe bien pour le Spartak qui est le club le plus titré de l’ère soviétique, devenant ainsi la cible privilégiée des autres équipes comme le Dynamo. Durant les années 1930, les deux équipes remportent chacune trois titres de champion, mais le Spartak glane deux coupes nationales contre une seule pour le Dynamo. En dehors des terrains, la rivalité s’intensifie lorsque Lavrenti Beria, directeur du NKVD (organisme d’État duquel relevait la police politique) multiplie les tentatives d’arrestation des frères Starostine, alors dirigeants du Spartak, qui finissent envoyés au goulag.

À partir de 1941, les compétitions nationales sont interrompues jusqu’à la fin de la Guerre. Le championnat redémarre au mois de mai 1945 et se compose alors de douze équipes, dont six pour la seule ville de Moscou. Si le Dynamo parvient à rafler un quatrième titre, l’année 1945 est aussi celle de la montée en puissance du CDKA. Ancêtre du CSKA, le club de l’Armée impose vite sa domination sur le football d’après-guerre avec cinq titres durant les sept saisons suivantes. Néanmoins, l’âge d’or s’arrête brutalement, alors que la délégation envoyée aux JO d’Helsinki et composée de nombreux joueurs du CDKA est promptement éliminée par la Yougoslavie. Digérant mal cette humiliation face à un adversaire politique, Staline lui-même ordonne la dissolution du club. 

La chute du CDKA (et le retour de Starostine) replace la rivalité entre le Spartak et le Dynamo sur le devant de la scène. Plus généralement, les années 50 sont largement dominées par les clubs moscovites, et il faut attendre 1961 pour enfin voir un champion qui ne réside pas à Moscou. Le Lokomotiv commence d’ailleurs à faire parler de lui avec un deuxième titre en Coupe (1957). Cependant, l’équipe des chemins de fers ne remporte aucun championnat sous l’URSS.

L’ère moderne

La chute du bloc soviétique réussit mieux au Lokomotiv, qui connaît un âge d’or entre 1992 et 2005 avec six titres. Plus récemment encore, le club a recommencé à briller, ayant été sacré champion de Russie en 2018, et vainqueur de la Coupe à trois reprises (2015, 2017 et 2019).

Si le Spartak reste dans l’élite, avec 11 titres de 1992 à 2001, son plus grand rival n’est plus le Dynamo n’a quant à lui plus gagné un seul titre depuis 1995. Par conséquent, le « Derby de Moscou » se joue désormais avec le CSKA. Aujourd’hui, les deux clubs sont non seulement les plus titrés, mais aussi les plus populaires de Russie. Quant au Lokomotiv, il est resté fidèle à son héritage puisque le club comptait jusqu’à encore récemment Andrey Bokarev à son conseil d’administration, qui n’est autre que le président de l’entreprise ferroviaire Transmashholding.

Et si la bataille pour le titre russe n’est jamais finie, les supporters attendent encore que la conquête de l’Europe commence. Car pour l’instant, seul le CSKA a réussi à remporter une Coupe UEFA en 2005. Une exception qui inspire forcément les clubs rivaux.

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