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Sophie de Menthon : Mettre l’éthique au cœur de l’entreprise

Sophie de Menthon est une personnalité engagée : chef d’entreprise, présidente du syndicat patronal Ethic, membre du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), chroniqueuse, auteure : rien ne l’arrête.

Réputée pour son franc-parler, son parcours professionnel et associatif est un long combat en faveur de la liberté d’entreprendre et de l’éthique dans le monde professionnel. Rencontre avec une femme qui a réussi.

Success-Stories : Sophie de Menthon, L’éthique est un concept très en vogue, ce qui lui donne parfois des allures de « mot-valise » à la signification peu précise. Pouvez-vous partager avec nous votre conception personnelle de l’éthique ?

Sophie de Menthon : C’est vrai qu’aujourd’hui nombreux sont ceux qui invoquent l’éthique sans vraiment savoir ce à quoi ils font référence. Pourtant, le concept d’éthique puise sa force dans sa capacité à servir de fondement, de base de décision, d’axe-directeur : il ne doit pas être flou mais clair et solide.

Pour moi, agir de manière éthique, c’est agir en engageant sa responsabilité, en assumant ses choix et leurs conséquences, en étant transparent sur ses actions, et en prenant en compte ses parties prenantes mais aussi l’intérêt général.

S-S : La notion d’éthique d’entreprise est assez nouvelle. Pourquoi, selon vous, l’entreprise doit-elle faire preuve d’éthique aujourd’hui ?

Sophie de Menthon : Il faut bien admettre que pendant longtemps, la question d’éthique en entreprise ne s’est même pas posée. Pendant des décennies, l’entreprise est restée perçue de manière très limitée : un organe producteur de richesses. Tant qu’elle remplissait cette fonction dans le cadre de la loi, on ne lui demandait pas plus.

Depuis, les choses ont changé.

La société nourrit de hautes exigences vis-à-vis de l’entreprise. Au même titre que tous les autres acteurs de la vie économique et sociale, l’entreprise, ou plutôt sa responsabilité, ne doit plus se cantonner à sa fonction première. L’entreprise doit désormais à avoir un impact positif dans tous les domaines qu’elle touche au travers de son activité.

Jamais autant qu’aujourd’hui avait-on exigé de la sphère politique qu’elle soit transparente et exemplaire en tout. Il en va de même pour le citoyen qui aujourd’hui doit être informé, responsable, civique, soucieux du bien-être collectif etc. L’entreprise ne fait pas figure d’exception : on lui demande de produire de la richesse, mais aussi de rendre le travail épanouissant, de participer à la protection de l’environnement, de respecter ses fournisseurs, ses clients, ses actionnaires, d’être proactive à travers des initiatives à vocation sociale, etc.

Si l’entreprise doit faire preuve d’éthique c’est tout simplement pour répondre aux attentes nouvelles de la société qui l’a investie d’une mission beaucoup plus vaste que la simple création de richesses. Attentes qui sont d’ailleurs souvent partagées par les nouveaux dirigeants d’entreprise, qui n’ont plus grand-chose en commun avec les « patrons » d’autrefois.

S-S : Mais n’est-ce pas surtout pour faire leur promotion que les entreprises investissent dans des actions éthiques ? Il en va aussi de leurs propres intérêts…

Sophie de Menthon : Ah, le coup de « l’éthique, c’est cynique » – un grand classique. Écoutez, si une entreprise investit en temps, en argent et en ressources pour la protection pour le bien commun, pourquoi lui tirer dessus à boulet rouge si elle utilise cette démarche comme argument marketing ?

Je pense qu’il faut se réjouir que notre écosystème soit suffisamment vertueux pour que les acteurs qui acceptent de jouer la carte du collectif et de la responsabilité soient récompensés. Pourquoi devraient-ils agir dans l’ombre ?

Si au contraire, l’éthique n’est qu’un prétexte, un cache-misère, alors là oui, bien entendu, c’est grave. Mais ce cas de figure serait vraiment un mauvais pari pour l’entreprise. Etre éthique, c’est d’abord faire preuve de transparence. Et les consommateurs sont passés maîtres dans l’art de dénoncer les entreprises qui trichent.

Au-delà de tout ça, je le vois bien en tant que présidente d’Ethic : les dirigeants ont un regain d‘intérêt pour ce type de sujet. Ce n’est pas une simple mode, mais une vraie évolution !

S-S : Pour vous, quel est le grand défi qui attend les entreprises françaises ?

Sophie de Menthon : Regagner la confiance des Français. En révélant des comportements choquants de la part de certains acteurs économiques, la crise a créé une grave fracture entre les Français et les entreprises.

Il est impératif d’assainir rapidement le climat actuel qui en résulte, cette défiance envers les dirigeants d’entreprise, la stigmatisation de ceux qui ont réussi… On ne peut se permettre de faire de l’entreprise un acteur isolé par manque de confiance : son rôle dans la vie économique et sociale est bien trop important.

Je dirai donc que le défi ultime pour les entreprises françaises aujourd’hui est de faire comprendre leur utilité et d’expliquer comment leurs activités participent à un progrès pour chacun.

S-S : Mais alors, comment faire ?

Sophie de Menthon : Les entreprises françaises doivent avant tout prouver qu’elles méritent qu’on leur fasse confiance. Pour cela, elles doivent surtout faire preuve d’un sens aigu du dialogue.

Avant, les clients voulaient surtout “du bon pour pas cher” et ne demandaient pour ainsi dire rien d’autre aux entreprises… Aujourd’hui, un consommateur s’intéresse aux conditions de travail des employés, au traitement réservé aux fournisseurs, aux initiatives menées par l’entreprise, etc.  Il faut donc pouvoir leur répondre, et si possible, avec de bonnes réponses !

Les entreprises doivent montrer patte blanche et je m’en réjouis, car c’est une prise de conscience majeure. L’entreprise doit désormais s’imaginer comme une brique dans un ensemble complexe, et ne plus fonctionner en vase clos.

S-S : Tout au long de votre parcours, Sophie de Menthon, vous avez semblé vouloir faire « entendre votre voix ». Vous avez créé, mené, présidé de nombreuses équipes dans votre vie professionnelles et associative. Pourquoi un tel engagement ?

Sophie de Menthon : Je me sens concernée par tous les sujets, c’est viscéral. Dès que je rentre chez moi, je dois mettre de l’ordre dans la maison.

Et dans ma vie professionnelle et associative c’est pareil : dès que je vois quelque chose que j’estime ne pas être à sa place, que je constate une situation problématique, je ne peux pas me contenter de l’accepter et de faire avec. Je suis obligée de réagir, de signifier mon désaccord, de changer les choses.

Tout au long de mon parcours, j’ai voulu défendre des causes qui me sont chères : la liberté d’expression, la liberté d’entreprendre, la liberté tout court. A chaque fois que j’ai l’impression de les voir bafouées – et je dois bien admettre que cela arrive assez souvent – je ressens le besoin de prendre la parole, de réagir.

Et puis, il faut dire que j’ai pris goût au dialogue et à la résolution de conflit. Quand on passe du désaccord à l’entente, du problème à une solution, on se sent utile. Et ça, c’est un moteur unique au monde !

Commentaires
  1. - par Florent Dubois

    L’engagement éthique du patronat est une nécessité et devrait aller plus loin dans les propositions.

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