Ravi Viswanathan veut convertir les Indiens au vin

Ravi Viswanathan a deux passions : la finance et les grands vins. Qu’il concilie à travers son nouveau défi : développer la consommation de vin en Inde tout en investissant dans le vignoble indien. Ce financier français, originaire de Pondichéry (Inde), est en effet devenu l’actionnaire principal des deux plus grosses exploitations viticoles de l’Inde. Un moyen rêvé de faire beaucoup l’argent tout en apportant aux Indiens l’un des joyaux de la culture française qui lui tient particulièrement à cœur.

Cet amateur de grands crus n’a pas hésité à débourser près de 40000 euros pour acquérir deux bouteilles exceptionnelles retrouvées dans une épave de la mer Baltique : un Veuve Cliquot 1841 et un Juglar 1829 “le champagne préféré de Napoléon”. Dans son groupe, nul n’ignore son goût pour le vin, et plusieurs de ses collaborateurs ont aussi un pied dedans, qui dans le Bourgogne, qui dans le Cognac. “ Pour entrer chez nous, ça aide ! » plaisante le dirigeant, interviewé par Les Echos.

Une cave de 10000 bouteilles de vins

Né à Pondichéry, Ravi Viswanathan est âgé d’un mois seulement lorsqu’en 1962, à l’heure où l’ancien comptoir français revient à l’Inde, sa famille choisit d’émigrer en France. Il reçoit une éducation 100 % française, mais acquiert un esprit cosmopolite : sa famille bouge régulièrement, au gré des affectations de son père, professeur de lettres : Sénégal, Algérie, Djibouti, Martinique. Installé depuis 15 ans à Singapour, Ravi perpétue cette tradition : aujourd’hui marié à une Russe, il a un fils qui parle couramment français, anglais, russe et chinois. Il continue à passer ses vacances en France, dans la maison familiale du Haut-Doubs qui abrite le plus gros de ses 10000 bouteilles de vin.

Le jeune Ravi commence sa carrière chez Indosuez, après de brillantes études (dont Polytechnique). Il crée ensuite à Londres une joint-venture spécialisée dans les produits dérivés, Crédit Agricole Lazard Financial Products (CALFP), suivie en 2000, par une petite banque d’investissement, Nexgen, qui appartient aujourd’hui à Natixis. En 2012, toujours avec son partenaire Luc Giraud, il crée VisVires Capital, un fonds d’investissement basé à Paris, Londres et Singapour, qui investit dans les pays émergents, le luxe, les médias…. Un total de 50 millions de dollars d’investissements à ce jour.

Viswanathan investisseur-clé chez les deux principaux exploitants indiens

Au cours de ses voyages, l’homme d’affaires observe que l’Inde change et que le vin y est de plus en plus populaire. Il flaire le bon coup. Il ne doute pas en effet que l’Inde suive l’exemple de son voisin chinois, avec vingt ans de retard. Et qu’avec l’émergence d’une classe moyenne les Indiens boiront de plus en plus de vin. En 2012, il s’associe avec le milliardaire indien Anil Ambani pour acquérir la moitié du capital de Grover Zampa, deuxième vignoble du pays avec 1,2 million de bouteilles par an. Plus récemment, les deux partenaires investissent à hauteur de 30 % chez Sula, la marque dominante en Inde avec 7,2 millions de bouteilles. Une position unique pour le tandem puisque ces deux producteurs représentent à eux seuls 70 % du marché domestique. Administrateur des deux vignobles, Ravi Viswanathan compte leur apporter également un support technique et commercial grâce à des contacts avec des professionnels français.

Une classe émergente riche de potentiel

Investissement fait, la priorité est aujourd’hui à la pédagogie pour Ravi Viswanathan. En effet, les Indiens ont tendance à boire avant les repas. Reste à leur inculquer de nouvelles habitudes en leur expliquant que le vin se déguste avec les plats. Les cibles prioritaires de sa campagne de promotion : les jeunes qui sortent de l’université, et les femmes. Un marché prometteur puisque les ventes de Sula augmentent déjà de 30 % par an en moyenne.

Au-delà du vin, Ravi Viswanathan a déjà d’autres idées pour profiter de l’émergence de cette classe moyenne indienne. Et continuer d’investir dans ce pays qui l’a vu naître.

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