Philippe de Moerloose, l’entrepreneur belge d’Afrique

Portrait de Philippe de Moerloose publié dans l’édition Décembre 2016 / Janvier 2017 de Forbes Afrique, par Patrick Ndungidi, journaliste pour Les Dépêches de Brazzaville et Forbes Afrique.

Un quart de siècle. C’est le temps qu’il a fallu à Philippe de Moerloose pour bâtir l’un des géants de la distribution de véhicules et de machines en Afrique subsaharienne. Portrait d’un passionné du continent à l’ambition sans limite.

Philippe de Moerloose dirige un grand groupe prospère et très structuré qui génère, toutes activités confondues, un chiffre d’affaires global d’un milliard d’euros. Ses deux holdings comptent un personnel composé de 5 500 collaborateurs dont 2 500 pour SDA et 3 000 pour African Equities. Les sociétés SDA et African Equities, explique-t-il, s’appuient sur des filiales organisées et dirigées chacune par un comité de direction bien expérimenté par rapport à l’activité qu’il gère. « Je peux m’appuyer sur des équipes expérimentées et compétentes. Je mets en avant les qualités de délégation de pouvoir », indique celui qui, en deux décennies, a réussi à transformer une petite société d’import-export de pièces de rechange en un géant de la distribution de matériel roulant et de véhicules automobiles de grandes marques du secteur : Volvo Construction Equipment, Volvo Trucks, Volvo Penta, John Deere Construction & Forestry, John Deere Agriculture, Hitachi Construction and Mining Equipment, Wirtgen, Mercedes, Hyundai, Mazda, Mitsubishi, Nissan, Renault, Audi, Isuzu, BMW, Ford et Volkswagen. Pas étonnant dans ces conditions que notre confrère belge L’Echo ait intégré Moerloose dans son classement des fortunes d’outre-Quiévrain, avec un patrimoine professionnel estimé à 94 millions d’euros (environ 110 million de dollars).

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Des racines congolaises

Né en Belgique en 1967, Philippe de Moerloose débarque en République Démocratique du Congo à l’âge de 3 ans avec ses parents. C’est à Lubumbashi, dans la province du Katanga, où son père est comptable dans un groupe textile, qu’il effectue ses études primaires et secondaires dans une école privée. A l’âge de 18 ans, il retourne en Belgique afin de poursuivre ses études universitaires dans le très célèbre Institut catholique des hautes commerciales (ICHEC) de Bruxelles, où il obtient une licence en sciences commerciales en septembre 1990. Six mois plus tard, en mars 1991 et alors qu’il n’a que 23 ans, il crée sa première société dénommée Demimpex (de Moerloose Import-Export), spécialisée dans l’import-export de pièces de rechange. La société était établie en Belgique mais travaillait directement avec trois pays : la République Démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda. Distributeur officiel de grandes marques automobiles, Deminpex connaît une croissance organique, signe des joint-ventures et rachète des entreprises concurrentes telles que VRP en 1995, Transco en 1999 et ATC en 2001. Dans ces années 2000, Philippe de Moerloose donne une nouvelle orientation à son entreprise en passant de l’import-export à la distribution automobile. « En 2002, nous avons signé notre premier contrat de distribution pour la République Démocratique du Congo avec le groupe Nissan. Demimpex est donc passée d’une activité de trading à une activité de distributeur officiel », explique l’entrepreneur. C’est ainsi qu’en 2008, ce dernier crée la holding dénommée Société de Distribution Africain (SDA) qui se structure aujourd’hui autour de trois grandes activités. La première, qui constitue le cœur de métier du groupe, est la distribution de matériel roulant.

Une fusion qui renforce le groupe

Les années 2011 et 2012 marquent un nouveau tournant dans le développement du groupe SDA. En effet, au cours de cette période, la Société Africaine de Distribution (SDA) fusionne son pôle distribution automobile avec celui du groupe Optorg, holding française, détenue par la Société nationale d’investissement marocain (SNI), la holding royale marocaine. Ensemble, SDA et Optorg créent la société Tractafric Motors Corporation (TMC) dans laquelle la SDA de Philippe de Moerloose détient 40% des parts et Optorg 60%. Cette fusion fait de TMC le deuxième plus grand distributeur automobile en Afrique subsaharienne présent dans 26 pays africains et représentant des marques automobiles telles que Mercedes, Hyundai, Mazda, Mitsubishi, Nissan, Renault, Audi, Isuzu, BMW, Ford et Volkswagen. L’entreprise réalisé un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros. « Nous distribuons toutes ces marques dans 26 pays africains. Dans chacun de ces pays, nous avons nos propres filiales et nos propres infrastructures qui offrent un service complet aux clients : showroom, magasins de pièces de rechange, ateliers, services de remplacement de véhicules, de location, un peu comme vous trouvez sur le continent européen », explique Philippe de Moerloose.

La deuxième activité du groupe bâti par Philippe de Moerloose s’articule autour de sa filiale Services Machinery and Trucks (SMT) qui est l’agent officiel de Volvo (Camions, Machines et Volvo Penta). SMT représente les marques Volvo dans une vingtaine de pays africains avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 380 millions d’euros réalisé moitié en Afrique et moitié en Europe. En 2015, le groupe de Philippe de Moerloose a racheté la société hollandaise Kuiken, anciennement détenue par la banque ABN Amro et importateur pour le Benelux de Volvo Construction Equipment. « SMT évolue aujourd’hui dans une vingtaine de pays africains et sur le Benelux avec toutes les synergies que nous avons pu implémenter entre les activités européennes et africaines », fait savoir l’homme d’affaires.

La troisième activité de la holding SDA se décline autour de sa filiale DEM Group qui est le représentant des marques Hitachi, John Deere Construction, John Deere Agriculture (leader en équipement agricole) et Wirtgen, pour tout ce qui est matériel d’asphaltage. DEM Group est présent dans une trentaine de pays en Afrique et réalisé aujourd’hui un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros.

Saisir les opportunités en Afrique

Par ailleurs, grâce à sa connaissance approfondie du continent africain et de ses opportunités, Philippe de Moerloose créé African Equities en 2014, une holding financière de droit luxembourgeois qui gère un portefeuille d’investissements concentré sur le continent africain. Avec un chiffre d’affaires global de 150 millions d’euros, la holding est présente dans l’hôtellerie, la construction générale, la sous-traitance minière et, plus récemment, dans le secteur de la chaux et du ciment.

Dans le secteur de l’hôtellerie de luxe, la holding possède deux hôtels en République Démocratique du Congo :

  • le Pullman Grand Karavia à Lubumbashi (qu’elle détient à 100%), un hôtel 5 étoiles avec une capacité de 200 chambres et qui est le seul hôtel 5 étoiles de la province du Katanga ;
  • le Pullman Grand Hôtel de Kinshasa, qu’elle détient à 50%, les autres 50% sont détenus par le Ministère congolais du Portefeuille, le ministère de tutelle du gouvernement de la République Démocratique du Congo.

Bien plus, African Equities est présente dans le secteur de la construction générale à travers la société Dematco, également spécialisée dans la fabrication des charpentes métalliques. Aujourd’hui, en sous-traitance avec le groupe belge Willemen, Dematco est en charge de la construction de la nouvelle ambassade de la Belgique en République Démocratique du Congo (RDC). Par ailleurs, la société Rulco (dans laquelle African Equities détient 27%) est spécialisée dans la découverture minière. Elle effectue ainsi des travaux de sous-traitance minière pour les grands groupes miniers opérant en RDC.

Projet de construction d’une cimenterie au Katanga

Par ailleurs, African Equities possède également la grande cimenterie du Katanga, pour laquelle elle a signé un contrat de joint-venture avec la Gécamines (société minière étatique). L’entreprise fabrique principalement de la chaux, intrant nécessaire pour le traitement du cuivre et du cobalt. « Les clients sont les grands groupes miniers présents en République Démocratique du Congo (RDC). Nous avons investi dans la réhabilitation des usines à chaux. Nous allons installer la dernière génération d’usines à chaux pour contenter nos clients et améliorer la qualité du produit que nous leur livrons. Grâce au fait que nous possédons un gisement de calcaire, nous allons maintenant construire une cimenterie au Katanga. Aujourd’hui, malheureusement, le Katanga importe tout son ciment de Zambie ou d’Afrique du Sud, mais ne dispose pas de cimenterie alors que le secteur de la construction est en plein essor dans la province. Nous allons construire, avec la Gécamines, une cimenterie afin de produire localement », explique Philippe de Moerloose.

Se reconcentrer sur la distribution

Bien qu’il ait débuté les activités de son groupe en République Démocratique du Congo et qu’il y réside toujours, ce pays ne représente plus que 7% du chiffre d’affaires consolidé du groupe SDA. Aujourd’hui, l’entrepreneur souhaite rester le plus compétitif possible afin, déclare-t-il, d’aider ses clients en Afrique qui sont confrontés à une crise sans précédent, due à la chute des prix des matières premières. Pour ce faire, Philippe de Moerloose souhaite renforcer le core business de son groupe : la distribution. « Nous voulons consolider cette activité de distribution et étendre notre périmètre géographique. Nous sommes ainsi absents d’une bonne vingtaine de pays africains. On préfère grossir nos réseaux de distribution plutôt que d’aller vers de nouveaux métiers », fait savoir l’entrepreneur qui ne manque jamais d’ambition.

 

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