Christophe Juarez

Christophe Juarez, Président du Directoire de H. Mounier

Nous avons eu l’occasion de rencontrer Christophe Juarez lors de l’un de ses déplacements à Paris. Christophe Juarez est un expert des marques de luxe et des vins et spiritueux qui a façonné sa brillante carrière au sein de maisons telles que Cartier, Chanel, L’Oréal ou Laroche avant de prendre la tête de H. Mounier, la célèbre maison de Cognac. Il fait partager à la rédaction de Success Stories son parcours et les secrets de sa réussite. A lire attentivement.

SS : Christophe Juarez, avant d’intégrer le secteur viticole, vous avez évolué plus de 15 ans dans celui du luxe, pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Christophe Juarez : Après une maîtrise en sciences de gestion en 1981, je me suis forgé aux études marketing qualitatives des biens de grandes consommations ainsi que de la grande distribution après de Georges Chetochine, l’un des gourous français du marketing. Après 3 années à analyser la perception des produits et le comportement d’achat des consommateurs et prescripteurs, j’ai perçu tout l’intérêt de participer à l’éveil commercial des couturiers français au travers de stratégies de diversification, et ai participé à l’élaboration de la division Horlogerie du Groupe Chanel jusqu’en 1986. Après cette première expérience dans l’univers du Luxe, j’ai rejoint la division Parfums Cosmétiques et piloté le marketing international du pôle Fragrances avec notamment le lancement mondial des lignes EGOISTE et ALLURE et la gestion du leader de la catégorie : le « N°5 de Chanel »

J’ai ensuite été expatrié 2 ans pour acquérir l’expérience du maquillage à la Direction Générale de Bourjois Espagne, et ce avant d’intégrer L’Oréal Produits de Luxe. J’étais alors Directeur International de la Division Prestige et Collections Intl, avec la prise en charge de la stratégie et l’exécution du lancement « exclusif » de la nouvelle ligne de maquillage Giorgio Armani en Europe et en Asie, ainsi que le pilotage du Marketing Opérationnel de nombreuses licences de parfum du Groupe.

En 2001, j’ai été nommé Directeur de la Division Parfums du joaillier Cartier pour gérer la restructuration de l’ensemble des équipes commerciales et des moyens logistiques de la Zone Europe, l’implantation d’une nouvelle équipe commerciale sur la zone Moyen-Orient et la mise en place de projets de Développement Produits.

> Voir l’intégralité du parcours de Christophe Juarez

SS : Vous avez ensuite rejoint le secteur viticole chez Laroche SA puis chez H. Mounier, quels ont été vos missions ?

Christophe Juarez : J’ai intégré Laroche SA (Domaines et négoce viticole) en 2003 avec de nombreux challenges nouveaux pour un secteur très fragmenté et atomisé. Le premier consistait à accompagner le retournement stratégique de l’entreprise vers un positionnement qui réunisse toutes les productions du Groupe sous une seule et même“marque”, une démarche fréquente dans le monde entier mais d’avant-garde en France. Il a fallu détricoter le millefeuilles des appellations d’origine pour offrir une gamme cohérente signée par un unique vigneron, Michel Laroche, et ce quelquesoit le lieu de récolte.

Ensuite, avec des équipes d’oenologues de Laroche, nous avons pu concevoir et offrir à nos clients de nouvelles gammes de vins plus complètes, intégrant toute sorte de cépage cultivé sous les meilleures latitudes, impliquant des diversifications d’activités de production en Amérique et en Afrique du Sud, pour favoriser la demande des marchés internationaux..

Chez H. Mounier, que j’ai le plaisir d’animer depuis 2011, nous nous sommes principalement attelés à la construction d’une stratégie orientée vers une approche de “maisons de Cognac” qui reflète l’âme de nos produits et un savoir-faire d’exception.

Par ailleurs, nous avons souhaité refonder une politique commerciale internationale consolidant un leadership en France et en diversifiant les marchés Export (Travel Retail, Asie, Russie, pays de l’Est…)

SS : Comme nous pouvons le constater, vous avez souvent favoriser l’export et la production de vins sur les marchés internationaux. Quelle différence y a t-il entre un vin du “nouveau monde” et un vin européen ?

Christophe Juarez : Produire à l’étranger est déjà beaucoup moins contraignant. Vous avez une très grande liberté dans le choix de vos plantations, de choisir les cépages les plus adaptés à la cilimatologie et aux conditions ampélologiques. d’irriguer pour maîtriser la maturité de la matière première. Le coût de la main d’oeuvre est plus avantageux et les métiers clairement séparés entre les viticulteurs concentrés sur le gestion de la vigne et la livraison d’un fruit en un état optimal et les œnologues chargés de vinifier et d’élever le vin. La recherche d’un goût reconnaissable et typique favorise la satisfaction des clients et l’étiquettage se veut informatif et pas normatif comme l’est notre écosystème d’appellations complexes.

Mais la principale différence avec l’Europe, c’est avant tout la taille des opérateurs. Par exemple, il y a proportionnellement mil fois moins de sites de vinification au Chili que dans l’hxagone et les noms des plus grands producteurs sont connus dans le monde entier, sauf en France.

SS : Christophe Juarez, en tant que spécialiste de ce secteur, vous avez décidé d’écrire un livre en 2011, France ton vin est dans le rouge, de quoi parle ce livre ?

Christophe Juarez : Comme je l’évoquais plus tôt, de la mondialisation qui s’infiltre dans nos vignobles et du changement qu’a induit cette concurrence, en faisant disparaître à petit feu nos vins des marchés internationaux.

En définitif, c’est près d’un quart des bouteilles françaises qui n’arrivent plus à se vendre à l’étranger. Notre domination historique est mise à mal par des pays tout proches de nous maîtrisant les marchés d’exportation, comme l’Italie ou l’Espagne. Le secteur viticole français accuse le coup et, finalement, ce sont des dizaines de milliers d’hectares de vignes qui sont arrachés dans nos campagnes, sans que le grand public en soit réellement averti.

Et pourtant, les opportunités à saisir sur ces nouveaux marchés d’export n’ont jamais été aussi favorables à l’expansion de ce produit. Le formidable attrait des jeunes générations pour ce nectar à forte valeur culturelle et l’ouverture de pays n’ayant aucune tradition locale du vin ménagent des espaces de croissance inespérés.

J’ai souhaité proposer une lecture de ces difficultés à la lumière d’un double regard de décideur et de spécialiste de l’international, en me fondant sur une vision à 360° de l’ensemble de la filière. A la fois sur les mutations rapides du paysage viticole mondial et sur les rigidités issues d’un long cheminement de nos organisations.

> Voir le livre de Christophe Juarez

SS : Vous y décrivez plusieurs conseils applicables, appelés 12 travaux de Bacchus, pour rénover le secteur du vin. Pouvez-vous nous en citer quelques-uns ?

Christophe Juarez : Oui effectivement, plusieurs solutions concrètes peuvent être mises en pratiques.

D’abord, à l’image du reste du secteur agroalimentaire, le vin doit passer du stade artisanal au stade industrialisé, tout en respectant bien entendu son histoire et ses valeurs. Nous devons tendre à une professionnalisation plus accrue de ce secteur manquant d’homogénéité de de lisibilité pour le consommateur.

Il faut refonder le système des Appellations et simplifier la segmentation par grandes régions. Qui connait avec exactitude la localisation des vins du Sud ouest ? Prospectons en meute plutôt qu’individuellement à l’image des Australiens ou des Américains qui élaborent des approches régionales faciles à mémoriser, des produits de plus en plus qualitatifs avec des standards homogènes et compréhensibles.

C’est aussi avec plus de que créativité dans l’élaboration et le merchandising du produit, que l’on pourra prendre le pas sur une réglementation française trop indifférente à l’utilité du marketing et à l’aide au choix du consommateur. Passer du diktat de l’offre à un marketing de la demande.

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